Plate-Forme Interrégionale D'échange et de coopération pour le développement culturel

Synthèse des travaux en ateliers

OBSERVATION CULTURELLE TERRITORIALE : RESTITUTION DES TRAVAUX EN ATELIERS

Atelier 1 : L'articulation des méthodes quantitatives et qualitatives dans l'observation régionale. Principes directeurs et choix.

Cet atelier proposait :

  • d'éclairer les choix de collectes et les parcours d'accès à des données quantitatives élaborées par d'autres producteurs, les protocoles, les rythmes et les récurrences nécessaires à la construction d'indicateurs ;
  • de saisir la pertinence des objectifs « politiques » et « cognitifs » des méthodes qualitatives ;
  • d'esquisser une « carte » des écueils à esquiver, pour éviter de faire parler les « chiffres comme des innocents sous la torture », dans l'articulation du quantitatif et du qualitatif.
    Il s'appuyait sur une intervention introductive rappelant les vecteurs principaux de l'observation régionale :
  • L'aide à la décision des collectivités publiques territoriales traduite par une demande croissante d'indicateurs. En constatant que cette notion recouvre un sens polysémique et poursuit des objectifs multiples.
  • Le dialogue social : la recherche et l'agrégation de connaissances à partager, à débattre. Débouchant dans la plupart des cas d'existence des COREPS sur une demande de diagnostic et d'états des lieux

La mise en évidence des changements de référentiels des acteurs, que ce soit dans l'évolution d'un secteur ou dans de nouveaux comportements des territoires. Conduisant à une co-construction de la donnée quantitative pertinente et sa signification qualitative.

Les interventions conjuguées de Carole Zavadski (CPNEF-SV) et Alexandra d'Agostino (CEREQ) se situaient dans le contexte de l'observatoire prospectif de la branche du spectacle vivant.
La logique de branche décline des besoins autour des questions de structuration sectorielle, de négociation sociale et financière, de périmètres et de corporatisme.
Alors que les études et recherches menées en région renvoient plutôt à la mise en évidence de dynamiques, les frontières étant poreuses entre l'emploi et les pratiques amateurs par exemple, le spectacle vivant pouvant être articulé au tourisme, à l'action culturelle, etc.,.
La première évidence partagée, c'est que rien n'est purement qualitatif ou quantitatif.
Des chiffres pour agir, telle pourrait être l'attente de la profession, comme celle des décideurs et des acteurs, qu'ils soient nationaux ou territoriaux.
Ce qui devrait conduire à cesser d'accumuler de la donnée dans tous les domaines, mais à tenter de la construire à partir de chiffres peu nombreux que l'on arrive à comprendre, que l'on stabilise et dont on puisse maîtriser le suivi.
Mais, quelle que soit la qualité des données produites, il ne sera jamais aisé d'aboutir à un diagnostic partagé et l'on ne pourra faire l'économie d'une mise en débat politique.
En effet comme le rappelle Jean-Pierre Saez (OPC), les indicateurs ne sont que des indicateurs, ils peuvent permettre de tracer des flux et des tendances sur la durée, il ne sont en aucun cas des boussoles ou des substituts à la décision publique, d'abord parce qu'ils peuvent prêter à des interprétations contradictoires, face aux mêmes données plusieurs hypothèses d'action sont généralement envisageables, ensuite ils ne dispensent pas de définir des orientations d'actions qui sont la traduction d'une volonté, aucune politique ne soumet sa volonté à partir d'indicateurs, mais elle peut et elle doit s'en nourrir.

L'atelier se concluait sur quelques utopies méthodologiques :

  • Comment harmoniser des outils de rendus statistiques (les socles communs région/national) ;
  • Comment se concerter sur la demande d'informations auprès des producteurs de données ;
  • Comment systématiser l'échange ;
  • Enfin, comment éviter de figer les types d'approches et procéder à des remises en question régulières ?

Atelier 2 : Enjeux et limites de l'Observation Participative Partagée (OPP) ; la question de l'appropriation par les différents acteurs dans ce contexte d'étude et plus largement pour les études issues de nos structures

L'atelier N°2 proposait d'explorer, pour les études dont les associations et agences de notre réseau ont la charge, ces « deux faces d'une même médaille » en ces termes :

  • mesurer les enjeux et les limites de la méthode de l'Observation Participative Partagée (OPP) – conceptualisée et expérimentée principalement dans le milieu des musiques actuelles –  comme proposition méthodologique,
  • poser la question de l'appropriation des études réalisées dans nos structures par les différents cercles d'acteurs, et de façon concomitante la question de la facilitation du processus d'appropriation par ces différents acteurs.

En s'appuyant sur les études suivantes…

  • L'Observation Participative et Partagée – OPP, une méthode proposée par la Fédurock – rapport de la Fédurok
  • Structures de développement et de diffusion des musiques actuelles en Provence-Alpes-Côte d'Azur ; état des lieux 2004, mise en perspective des données de 1996 et de 2000 – ARCADE
  • Etude dite du 3ème cercle : après Etat des lieux du 3ème cercle en Poitou-Charentes –. Identification et valorisation du 3ème cercle. Structuration et accompagnement des structures de 3ème cercle via un dispositif DLA – rapports de séminaires et blog de l'ARSV
  • Etude sur les besoins en formation dans le secteur de la création et de la diffusion du spectacle vivant en région Centre – La NACRe pour Culture O Centre

…Il s'agissait de :

  • questionner cette approche particulière de l'OPP qui induit – à l'instar de nos structures et de leur rapport au terrain et aux acteurs – une posture spécifique à la fois au-dedans et au-dehors des processus culturels,
  • et déterminer, finalement, non pas une « recette méthodologique » idéal-typique, mais plutôt une « boîte à outils » pertinente et efficiente qui permette à nos structures de :
    • se situer dans une logique d'étude-action d'une part,
    • réaliser des travaux objectifs dans un contexte régional propre d'autre part.

En définitive, aborder cette double problématique revenait aussi à questionner :

  • la légitimité de nos structures à effectuer des travaux d'observation,
  • et la connaissance et/ou reconnaissance de nos compétences et de notre place au sein des autres observatoires et structures d'observation.

Les précisions fournies par les chargés d'étude ont permis de mettre en évidence l'ambivalence des travaux d'observation s'appuyant sur l'OPP :

  • les travaux participatifs sont pertinents jusqu'à un certain degré d'utilisation,
  • ils ne doivent pas être la seule méthode utilisée, mais peut-être un axe méthodologique combiné avec d'autres,
  • et ne doivent pas se soustraire au regard d'objectivité et de distanciation que tout travail d'observation nécessite.

Les réflexions des intervenants extérieurs – Cécile Martin et Jean-Pierre Saez de l'OPC – ont permis de prendre de la hauteur et de formuler quelques pistes de réflexion :

Comment garantir scientifiquement des résultats d'une étude pilotée par les acteurs eux-mêmes ?

N'y a-t-il pas un rejet de l'expertise par défiance populiste ?

L'observation peut être vécu comme un outil de contrôle, ce qui renvoie à l'évaluation et donc à « l'évaluation-sanction », d'où la défiance de certains acteurs…


Atelier 3 :  La pluridisciplinarité des approches en matière d'observation culturelle et la collaboration avec la communauté scientifique

Atelier coordonné et animé par Marie-Christine Duréault-Thoméré, directrice déléguée à l'observation à Culture O Centre, ateliers de développement culturel

Intervenants :

  • Catherine Bernié-Boissard, maître de conférences à l'université de Nîmes, membre du laboratoire « Mutations des territoires en Europe » (CNRS / Montpellier III).
  • Philippe Teillet, maître de conférences en science politique, responsable de la spécialité de master « Direction de projets culturels » à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble.

Cet atelier a permis d'engager une double réflexion sur les modalités de mise en œuvre des études :

  • d'une part, du point de vue de leur contenus, il s'agissait d'aborder les modalités méthodologiques et la dimension scientifique des travaux : quels sont les apports des différentes disciplines des sciences humaines et sociales et de l'interdisciplinarité, comment les utiliser et pour quelles thématiques ?
  • d'autre part, la réflexion portait sur les modalités de mise en œuvre des études sur ce volet scientifique, et en particulier la question de la coopération avec la communauté scientifique. Comment faire, sur quels objets, quelles sont les limites ?

Aborder ce point, c'est en toile de fond s'interroger sur la place respective des observatoires régionaux de la culture et des laboratoires de recherche dans l'observation de la culture.

L'intérêt d'une collaboration avec la communauté scientifique est indéniable : l'expertise des universitaires permet de prendre de la distance, de comprendre des dynamiques, d'apporter une aide à la décision politique. Dans le cas d'un travail pluridisciplinaire, les regards complémentaires des scientifiques permettent une mise en perspective intéressante.
Du point de vue des universités, ces collaborations sont également utiles car elles nourrissent la réflexion scientifique et apportent une plus-value financière et matérielle non négligeable.
Philippe Teillet remarque d'ailleurs que le travail des agences culturelles n'est pas fait par les universités parce qu'elles manquent de moyens.

Ces collaborations sont actuellement en développement et peuvent prendre différentes formes, de la création d'un comité scientifique à des commandes directes d'études.

Cette coopération implique toutefois certaines limites, tant du point de vue des universitaires que des commanditaires. Ainsi, du point de vue des universitaires, les disciplines peuvent ne pas être valorisées en soi dans les travaux d'études. Les universitaires doivent parler dans la langue des commanditaires. Il en découle une sorte de négation de l'identité du chercheur, de son univers de questionnement, de ses thématiques. De plus, les études commanditées peuvent desservir une stratégie universitaire. Elles ne constituent souvent pas des axes de recherche scientifique en soi, et n'apportent donc pas de reconnaissance aux universitaires dans les milieux scientifiques.
Du point de vue des commanditaires, il peut y avoir des déceptions lorsqu'ils n'ont pas anticipé le résultat produit par la discipline du chercheur qu'ils ont choisi. Les idées des universitaires peuvent être considérées comme inopérantes sur le terrain, décalées par rapport à la réalité. La façon dont ils mettent en forme les études peut être différente de ce qu'attendent les commanditaires. Il peut exister des différences de langages entre le monde scientifique et le monde de la culture, qui pose des difficultés de communication.

Un des principaux problèmes est que les universitaires sont parfois considérés comme des consultants auxquels on commande un travail. On fait en effet plus facilement appel aux universitaires qu'aux consultants pour des raisons d'économie financière. Or on ne peut pas les contrôler et les encadrer de la même façon. Les universitaires travaillent sur des délais relativement longs. Les commanditaires peuvent avoir l'impression de perdre du temps, alors que ce temps est nécessaire aux chercheurs pour affiner leurs analyses.